Laurence 2

Numéro 2

 

Entrée dans le grand hall lumineux du centre commercial,Gertrude s’est ébrouée de la pluie diluvienne qui s’était abattue ce jour-là sur Paris.Elle secouait son parapluie avec énergie et renvoyait ses boucles humides dans son dos pour qu’elles s’égouttent sur son duffle-coat de fabrication autricienne,un manteau solide.C’était son grand-oncle ,le comte Von Schultz,un grans échals austère et sombre qui le lui avait offert le jour de ses 15 ans »c’est du solide,lui avait-il tonné dans les oreilles,tu pourras ainsi affronter les tempêtes ! »Gertrude  ne voyait pas trop quelles tempêtes elle risquait d’affronter et elle aurait largement préféré un jeu pour sa DS ,franchement !Mais un des commandements de l’oncle était clairement »tu ne joueras pas »Il avait le jeu et toute l’insouciance enfantine en horreur,estimant que cela créait la révolution à la maison,autant dire une chose impensable pour ce  hobbeau conservateur qui ne jetait jamais une chaussette traditionnelle avant qu’elle ne soit totalement recouverte de reprises de haut en bas.

Elle avait rendez-vous dans ce centre commercial avec lui,pour le guider dans l’achat d’ une box internet afin d’équiper son pied à terre parisien où elle vivait le temps de finir ses études.

Cet achat,présent du prochain Noël qu’ils passeraient dans la demeure familiale normande le désolait autant que Gertrude le désirait :c’était ,pour elle,la clé  ouvrant tous les possibles,la liberté,l’indépendance et l’inconnu.

Pour son grand oncle, il ne voyait pas l’utilité  de la box et ne  lui  reconnaissait aucune qualité(l’objet avait même un nom anglais !).

Pour en finir au plus vite ,il saisit sa petite nièce par la manche de son manteau qu’il trouvait affreux et ils s’engouffrèrent dans une boutique du nom de FNAC(fédération nationale de l’art contemporain ???)

Dès qu’il eut franchi le seuil ,l’oncle fut subjugué par les téléphones portables.Gertrude fut entraînée malgré elle au cœur d’un temple où brillaient de mille feux les annonces lumineuses qui décrivaient avec force détails les fonctionnalités de ces bijoux modernes.Que lui arrivait-il,se demandait –elle,le voyant médusé,penché sur les vitries,presque scotché comme une moule à son rocher…Ne souhaitant pas l’irriter pour arriver à ses fins,ils étaient bien là pour acquérir une box internet,elle l’accompagnait dans sa lente déambulation le long d’un rayon qui lui paraissait interminable,l’entendant ça et là vanter les qualités de tel ou tel appareil ;mais stratégiquement elle menait leur pas de deux tout doucement mais sûrement vers le secteur où elle comptait bien lui faire griller sa carte bleue.Car,à son grand regret,elle n’avait pas encore la possibilité de satisfaire  toutes  ses envies et était sous la censure permanente de son tuteur autoritaire.Son but,aujourd’hui était de l’amadouer et elle se fit toute douce ,patientant longuement jusqu’au moment où il consentit à passer du côté où s’étalaient les box .Alors qu’il avait mis un temps infini à lire les explicatifs des mobiles au point que Gertrude pensât qu’il allait acheter un de ces objets maudits,il conclua le plus simplement en lançant »Ecoute,ma jolie,ne perdons pas de temps ,elles se ressemblent toutes ces boîtes à internet,prends donc celle qui se présente devant,là »Et ni une,ni deux ,l’oncle Von Schultz se planta dans la file d’attente aux caisses et ,reprenant du poil de la bête  ,se mit à pester contre l’hôtesse qui passait la main à un de ses collègues.

 

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