Oncle Shultz par MHM

Alors que Gertrude s’installait confortablement pour une sieste sans limite, le téléphone la sortit du brouillard dans lequel elle se laissait aller depuis quelques minutes. La voix tonitruante, reconnaissable entre toutes, du Comte von Schultz vociféra au bout du fil. Abasourdie, elle le laissa  poursuivre son monologue où il la conviait en fin d’après-midi au café-brasserie du centre commercial de Boulogne.

Pour quoi faire pensait-elle? Cet oncle excentrique n’en était pas à son coup d’essai et elle craignait le pire…Sa réputation allait bon train et on aimait dire qu’il était le spécialiste de la révolution à la maison. C’est ce que Tante Suzanne , sa femme, prétendait, et leur entourage faisait les frais de leurs fréquntes querelles.

La sollicitait-il pour lui faire part de son dernier coup d’éclat? Elle aurait volontiers décliné son invitation mais se souvint de cet incident un matin où Mathis avait cassé la théière et où elle l’avait sermonné: «ne joue pas ave la théière, Mathis, tu vas la faire tomber! » Et boum, si bien que , acceptant de rencontrer son oncle, elle allait faire d’une pierre deux coups et pouvoir contenter son oncle , tout en assurant le remplacement de sa chèe théière dans la boutique « le Palais des Thés ».

 

l  Le moment venu, elle enfila une veste chaude, sortit sa bycicletteet, et, à  bonne allure, ne voulant pas causer le courroux de son oncle impatient, se présenta à l’heure dite .

l  Mais, sa fatigue persitant, elle trouva un subterfuge pour décliner le rendez-vous, se confondant en mille excuses, et remit son achat à plus tard.

 

Le conte l’attendait de pied ferme, un demi à moitié vide devant la petite table en zinc. Il était arrivé à l’avance, comme à son habitude et elle voyait bien qu’il pestait déjà contre elle, alors même qu’elle était à l’heure. Elle soupira intérieurement et s’avança courageusement.

- Alors, mon oncle, que me vaut l’honneur de votre invitation?

- Cet endroit est infect de modernité ! La bière en’est pas correcte !

- Allons mon oncle ! Ne faites pas votre vieux grincheux !

- Le ieux grincheux a besoin de toi pour une mission importante.

- Ah bon ?

-  Ta tante m’ennuie tous les jours pour faire installer cette saloperie d’internet. Elle veut voir ses peits-enfants …sur un écran ! Je te demande un peu !

- Euh, non, vous ne me dérangez ps en fait…

- Ne fais pas la maligne! Veux tu m’aider ,oui ou non. Je n’y comprends rien avec leur langage codé.

-  Oui, bien sûr. Mais laissez-moi parler et contentez vous de signer le contrt et le chèque. Ce sera plus simple.

-   Ces petits godelureaux m’agacent!

-  C’est ça, cest bien pour cela que je me chargerai des négociations… sous votre contrôle.

-  Encore heureux!

Et sans avoir permis à sa nièce de s’asseoir et de prendre un verre, le gros bonhomme se leva, pressé d’en finir.

Gertrude le suivit, à la foi envieuse de la scène qui allait suive et vaguement mal à laise vu l’allure décotée et archaîque du Comte.

Devant la boutique, clignotant de toutes ses offres « incroyables» et inespérées qui se renouvelaient cependant régulièrement toute l’année, le comte von Schultz s’immobilia, frappé de stuppeur. Elle se mit à craindre une subite attaque au contact trop brutal avec l’aspect moderne du magasin. Mais en fait, le Comte venait de :

 

l  Voir et reconnaître son amour d’antant, la jeune (à l’époque) et douce Cunégonde dans une matrone rougeaude entourée de marmaille, et son coeur avait subitement retrouvé ses émotions de jeunesse

l  Voir sa femme au cou du vendeur, en train de lui faire quelque chose à l’oreille, entre la confidence et le baiser (à moins que ce ne soit une consultation médicale…sa femme étant ORL)

 

Les éclairages clignotèrent davantage et l’aveuglèrent ; le bruit s’amplifia puis siffla longuement pour enfin s’évanouir : le vieil oncle ne disait plus mot et toute sa personne semblait fondre, s’absenter.

le Comte fut promptement retenu puis soutenu par sa nièce qui lui apporta un tabouret afin d’y installer la carcasse chancelante qui très nettement, perdait pied.

Un passage à vide plus tard suivi d’un verre d’eau apporté par le vendeur apperçu auparavant  au cou ,  de sa femme, puis de plusieur minutes de flou et d’incertitude, Oncle von Shultz reprit ses esprits , sa canne, son alant et sa superbe  « allons jeune fille, choisissez votre machine diabolique, finissons en »

Et à sa femme, maintenant penchée sur lui : « ce vacarme cause bien des désagréments et fait perdre l’esprit à nombre de personnes,  n’est-ce pas ? »

Ce jour là, Oncle Shultz, si pécunieux c’est à dire totalement radinoche, avait payé à la fois pour la fameuse box, son honneur et la tranquillité familiale.

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